Voyages et archéologie ferroviaires
Récits de voyages ferroviaires en Roumanie en 1994-95 et autres vestiges...

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22 juin 1994 - Sibiu

 

 

Sibiu

 

 

Le lendemain matin, la forme de compagnon de voyage n’est guère meilleure. Après un bon petit déjeuner, du moins pour moi, nous partons en direction du cimetière, départ de la ligne de tram suburbaine en direction de Rasinari. Nous espérons y voir circuler les trams que les transports publics genevois ont donné à la ville de Sibiu.

Intéressons-nous d’abord un peu à l’histoire de tramways de Sibiu. C’est le 8 septembre 1905 qu’est mise en service la première ligne. En 1913, deux lignes, qui reliaient la gare principale à la basse et haute, étaient en service. Le seconde de ces lignes fut prolongée en 1950 jusqu’à Rasinari, en passant par le cimetière principal. Cependant, en 1964 déjà, la ligne en direction de la basse ville laisse la place à un service d’autobus. Quelques années plus tard, en 1970, c’est la ligne de la haute ville qui laisse place à un service routier, cette fois-ci par trolleybus, entre la gare CFR et le cimetière central. Les tramways seront brièvement réintroduits sur le tronçon haute ville – cimetière entre 1972 et 1974. Depuis lors seul est donc exploité le tronçon en le cimetière et Rasinari. A cela s’ajoute un court tronçon d’environ 500 m jusqu’au dépôt. Aux deux extrémités de la ligne les compostions sont retournées sur un triangle de voies, les motrices n’étant pas bidirectionnelles. Un troisième triangle existe vers le dépôt, mais deux de ses branches ne sont plus électrifiées.



La description des différents véhicules ayant circulé sur le réseau dépasserait quelque peu le cadre du présent récit de voyage. Une vue ancienne pour se mettre dans le bain et nous allons nous intéresser à l’histoire récente.



Dans la seconde moitié des années huitante, le réseau recevra trois motrices Timis à 4 essieux (nos 5 à 7) ainsi que deux remorques (nos 5 et 6). Suite à des gros ennuis de moteur, la motrice no 5 fut retirée du service en 1992 déjà pour servir de réserve de pièces de rechange, qui faisaient cruellement défaut à l’époque. Quant aux deux motrices restantes, bien qu’âgées de moins de dix ans, elles été déjà considérées comme pièces de musée.

La ligne semblait donc condamnée à court terme. Heureusement, une délégation des Tursib (nom de la compagnie des transports en commun de Sibiu) s’était rendue en Suisse afin d’organiser la reprise d’anciens trolleybus lausannois, et à cette occasion elle fut rendue attentive au retrait du service des dernières motrices 700 des transports publics genevois (TPG). Cette compagnie fut disposée à céder à titre gracieux les motrices 712, 721, 724 et 727 ainsi que les quatre remorques 302, 306, 307 et 315. Les huit véhicules furent transférés par chemin de fer entre la fin de l’année 1993 et 1996. La ligne était sauvée grâce aux vieux trams suisses construits en 1951-52!

Les motrices ont longtemps gardé leurs couleurs d’origine. Actuellement seules la motrice 721 (repeinte en vert) et la composition 724 + 315 (repeintes en blanc) circulent encore. Les autres véhicules roumains et genevois sont hors d’état de rouler ou ont été ferraillés. Sans vouloir être pessimiste, je pense que la ligne se retrouve actuellement dans la même situation qu’au début des années nonante et que si rien n’est entrepris, le pire est à craindre… L’avenir, je l’espère, me donnera tort et en attendant, partons à la découverte de cette ligne avec quelques photos.

Arrivés au départ de la ligne c’est la motrice Timis no 6, en bien triste état, et la Be 4/4 727 avec la remorque B 302 qui attendent sur la voie en cul-de-sac du triangle. Malheureusement pour nous, vu la position des véhicules, c’est la motrice 6 qui va circuler qui circule à cette heure-là. Chaque composition est attribuée à une équipe wattman/receveur, et lors du changement de service on change également de véhicule !



Nous montons dans le tram et achetons notre billet au receveur pour une dizaine de centimes. Le début du parcours n’est spécialement photogénique : la voie longe une route en forêt.



Après quelques minutes, nous descendons à l’évitement intermédiaire, espérant voir venir une autre rame genevoise dans l’autre sens. C’est cependant la même Timis, bondée, qui revient une vingtaine de minutes plus tard. Compte tenu que la ligne fait huit kilomètres de long et que les tramways circulent toutes les quarante minutes, rien d’étonnant en fait.



Nous revoilà donc au cimetière, où notre motrice est à nouveau retournée sur le triangle. Une bonne partie des passagers pour le prochain voyage sont déjà montés à bord!



Puis elle repart à nouveau sur Rasinari. On notera l’architecture de l’abri.



La rame genevoise, quant à elle, sommeille toujours sur son cul de sac.



Nous quittons les lieux et montons dans un trolleybus en direction de la gare, sans avoir pu comprendre où acheter un billet, car, contrairement au tram, il n'y a pas de receveur à bord. Espérons qu’il n’y aura pas de contrôle ! Arrivés à la gare, un véhicule familier se présente à nous : un trolleybus FBW offert à la ville de Sibiu par les transports publics de Lausanne (TL). On notera, à l'arrière plan, la Renault 12 ou plutôt la Dacia 1300, construite sous licence : quasiment le véhicule roumain standard de l'époque.



En fait, dès les années nonante, nombre de villes suisses, allemandes ou françaises céderont des trams, bus et trolleybus à différents réseaux roumains. Des trolleybus lyonnais ont ainsi aussi rejoint Sibiu et des autobus RATP circulent à Bucarest.

Le temps pour moi de grignoter quelque chose et nous nous rendons en gare. La passerelle offre un joli point de vue, bien éclairé en ce début d’après-midi, et nous pouvons immortaliser la 60-0913-0, qui contraste avec le triste état des voitures qu'elle remorque. Il est intéressant de constater qu'en Roumanie à l'époque, les locomotives étaient en général très bien entretenues, contrairement aux voitures qui étaient dans un état de délabrement avancé (vitres brisés, absence d'éclairage, saleté, ...). Ceci s'expliquait principalement par le fait que les mécaniciens étaient titulaires de leur machines. Il n'était ainsi pas rare de voir des rideaux en dentelle, des photos de famille ou encore des plantes dans la cabine de conduite !



Ces jolies machines de la série 060-DA sont présentées de manière plus détaillée sur la page suivante.


Depuis les quais c’est autre machine, de la série 80, à l’esthétique moins réussie qui se présente à nous. Plus de 600 de ces locomotives diesel-hydraulique ont été construites par FAUR entre 1966 et 1985. La grue à eau en état de marche nous rappelle que l’ère de la vapeur n’est pas si lointaine.



Notre objectif est cependant d’immortaliser les autorails Malaxa à 4 essieux de la série 750 et de faire un petit voyage avec. Nous étudions donc le « Mersul trenurilor » à la recherche d’un « CM ». C’est sur la ligne à voie unique Sibiu - Copsa Mica que nous trouvons un service partiel intéressant circulant jusqu’à Loamnes, avec en prime un croisement avec un train direct.





C’est une composition de trois autorails Malaxa qui assurera le CM 2593.



Le mécanicien nous invite à prendre place en cabine, à côté du moteur. A Ocna Sibiului nous descendons de la machine et photographions notre train, hélas à contre-jour, et le croisement avec l’« accelerat » 336 qui « brûle » la gare, tracté par 060-DA.





Puis c’est l’arrivée à Loamnes, où notre train va stationner une dizaine de minutes avant de retourner sur Sibiu.







Les autorails Malaxa de la série 750 ont été construits à 43 exemplaires dès 1939 (le premier exemplaire a en fait été construit par Astra). Actuellement, environ 25 exemplaires sont encore en service et un est exposé au musée ferroviaire de St-Petersbourg. Notons que 12 exemplaires ont été spécialement équipés pour le transport de personnalités (certains sont équipés de lits, douches, etc...) ! Une exemple ici .

 

Une autre variante intéressante, que nous n’aurons malheureusement pas l’occasion de rencontrer, sont les autorails doubles de la série 1000, construits à 16 exemplaires (nos 1001 à 1006 et 1007 à 1032). Seules 4 rames sont encore en service, telle la 78-1031-78-1021 vue ci-dessous à Arad.


[Photo Cristian Pit]

 

De retour à Sibiu, mon collègue décide de rentrer à l’appartement. Il faut dire que le voyage en cabine avec ses relents de gazole, d’huile et de graisse n’a guère amélioré son état nauséeux. Pour ma part, je décide de retourner voir le tramway du matin, en espérant cette fois-ci y voir rouler une genevoise. Nous marchons jusqu’au centre-ville pour y acheter quelques milliers de Lei puis nous séparons.





J’aborde quelques personnes et on réussit à me faire comprendre que les billets de bus s’achètent dans l’un des nombreux petits kiosques pullulant sur le trottoir. J’achète deux tickets et monte à bord d’un trolley. Il s’agit à nouveau d’un véhicule d’origine lausannoise. Il a non seulement gardé sa livrée d’origine, mais toutes les publicités à l’intérieur sont encore suisses ! Une voyageuse m’explique le compostage du ticket. Quelques arrêts plus loin le conducteur bloque les portes et quelques cerbères montent à bord : contrôle général des billets. J’ai eu fin nez d’acheter le mien. Je n’ose pas imaginer les tracasseries que j’aurais dû subir si je m’étais fait attraper en train de resquiller.



Et me revoici au départ de l’« Express du fromage », surnom donné au tramway en raison de la spécialité professionnelle de bon nombre d’habitants de la région. Cette fois-ci c’est la rame suisse qui manœuvre dans le triangle. Sur son toit, une publicité pour un magasin de meubles de Genève. Lors du transfert du véhicule, ce panneau avait été démonté, sciée en deux et placé à l’intérieur du véhicule. Sur place, il a été remonté !



Le temps de monter à bord et le tram démarre. Les deux premiers tiers du parcours se déroulent le long de la route, en forêt, puis la voie débouche dans les champs. Un peu plus loin, la voie s’éloigne un peu de la route, franchit une rivière puis un passage à niveau, et longe cette fois-ci le côté gauche de la route jusqu’à Rasinari, au bord de la rivière précédemment traversée. Rasinari, qui compte environ de 5000 âmes, est le village natal du philosophe Cioran.

Je descends du tram pour le photographier. Une voyageuse prend la pose et le wattman s’approche de moi. Nous essayons d’échanger quelques mots et finalement il comprend mon origine : Elve?ia. Il est tout heureux de rencontrer quelqu’un venant du même pays que son tram !



On notera aussi l'indicateur de direction du tramway, Gare Eaux-Vives, la corde permettant de descendre le pantographe et le rétroviseur ajouté pour la manœuvre dans les triangles. La voyageuse qui prenait la pose me demande de venir la photographier avec la dame qui l’accompagne puis me griffonne son adresse sur un morceau de papier pour que je la lui envoie à mon retour.



Puis c’est le wattman qui me fait signe qu’il va retourner la rame. Le temps de photographier la scène et c’est reparti pour Sibiu, coincé dans la cabine.





De retour en ville, comme c’est la fin de son service, il me propose d’aller boire une bière. Un petit parcours en trolleybus et nous voilà dans un bar dans une arrière-cour d’immeuble. Quelques bières plus tard, il comprend le français et moi le roumain. Finalement, il me dit qu’il doit rentrer chez lui dans sa famille et nous regagnons chacun notre foyer. Le temps de souper avec nos hôtes et mon compagnon de voyage, qui se sent mieux, et nous allons rejoindre Morphée.

 

 


Publié à 08:57, le 3/02/2011 dans Voyage 1994,
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